mercredi 12 septembre 2007

Jour 2 - Palo Ralo

Le minibus de Caritas nous emmene à Siria Valley, un voyage de deux heures à partir de Tegucigalpa. Nous suivons des routes sinueuses pour quitter cette ville bâtie au creux d’une vallée.

Premier arrêt, Palo Ralo, un village déplacé afin d’accommoder la mine. Treize familles ont été relocalisées il y a huit ans. Des personnes comme Olimpia Arteaga, une grand-mère monoparentale, n’a toujours pas de titres de propriété, ni pour sa maison, ni pour sa terre. Lorsque Entre Mares quittera les lieux, dans trois ans, le problème restera entier, selon Caritas, car la Loi sur les mines de 1998 accorde aux compagnies minières le droit de s’installer n’importe où.


Notre prochaine rencontre, le comité environnemental de Siria Valley. Le président Martin Erraza nous accueille chaleureusement. Le secrétaire Carlos Amador s’adresse directement à Alexa McDonough, en tant que représentante du parlement canadien, le pays d’origine de GoldCorp, la maison-mère de Entre Mares. Carlos lui demande de transmettre cinq demandes à la compagnie et au gouvernement canadien. Ces demandes sont :


1) des compensations pour les habitants dont la santé a été compromise par la pollution générée par la mine ;
2) l’assainissement des sources d’eau locales ;
3) la reboisement de la zone avec des espèces locales, comme c’était le cas avant l’arrivée de la mine ;
4) reconnaissance des titres légaux de propriété aux gens de Palo Ralo ;
5) revitaliser les terres agricoles pour qu’elles puissent être de nouveau cultivées.


Alexa répond à Carlos et au comité qu’un mouvement mondial en faveur de la responsabilité sociale des entreprises extractives ne cesse de croître même si des entreprises s’y opposent. « La population, les partis politiques et les organisations de la société civile au Canada travaillent ensemble pour dire aux entreprises qu’elles ne devraient pas refuser d’adopter des normes de responsabilité sociale », explique Alexa McDonough. «Cela vaut aussi pour les Britanniques et le reste du monde».


Prochaine étape: la mine de San Martin et une rencontre avec les responsables de Entre Mares. Nous visitons les installations dans un autobus climatisé de la compagnie. La visite est animée par Eduardo Villacorta, gérant, accompagné de géologues et de spécialistes environnementaux.


On nous montre le terrain creusé qui sera rempli lors de la fermeture de la mine, la zone où l’or est extrait grâce au cyanure et les étangs qui recueillent l’or. La compagnie peine à nous montrer que la faune et de la flore survivent dans cet environnement. Ils nous ont emmené à Terra Rosa, un ancien site aujourd’hui reboisé où l’on a introduit des chevreuils, des serpents et des iguanes. La compagnie filme chacun de nos mouvements. Nous prenons nos propres images et avons le photographe de Caritas avec nous. La visite de 90 minutes, sous un soleil ardent, vise à nous impressionner. Et c’est impressionnant ! Toutefois, personne d’entre nous n’est un expert minier.


De retour dans les bureaux de la compagnie, on nous offre des boissons froides dans un amphithéâtre climatisé. Tous les membres de la délégation, l’attaché commercial Mark Strasser et un diplomate britannique envoyé de l’ambassade au Guatemala ont des sièges réservés à l’avant de la salle. Notre « public » est curieusement composé : des membres de la communauté et des gens appelés «promoteurs », en quelque sorte les relationnistes de la compagnie dans les villages. (Le comité environnemental de Siria Valley nous avait expliqué que ces promoteurs contribuent à miner l’influence des groupes locaux légalement constitués qui critiquent Entre Mares). Pour la première fois au Honduras, nous avons de la traduction simultanée, ce qui permet à George, Julia et moi d’avoir un peu de répit. Les locaux et les services disponibles contrastent fortement avec tout ce que nous avons vu, dans nos visites dans les villages et même dans les bureaux gouvernementaux de Tegucigalpa.


Après une longue introduction, Eduardo Villacorta en arrive aux faits: Entre Mares n’accepte pas l’amende de 55 000 $US imposée par le gouvernement pour pollution au cyanure et à l’arsenic. Selon la compagnie, les tests n’ont pas été effectués correctement et le gouvernement n’a pas agi avec transparence. Quant aux récents tests gouvernementaux tentant de déterminer s’il existe un lien entre l’activité minière et les maladies de la peau ainsi que les troubles digestifs et respiratoires, Entre Mares affirme que les échantillons n’ont pas été prélevés correctement. Plus tard, Caritas nous indiquera que la compagnie n’était même pas sur place lorsque la plupart des tests ont été réalisés.


Pourquoi, demandons-nous, le gouvernement voudrait-il discréditer Entre Mares? Nous n’obtiendrons pas de réponse claire.


Concernant l’amende, Entre Mares la conteste. Le gouvernement devra aller devant les tribunaux et devra gagner cette cause s’il veut obtenir que la compagnie paie, ce qui apparaît comme un terrain miné, politiquement et légalement. Si cela arrive, «nous paierons», dit Villacorta. «Mais ce sera parce qu’on nous y aura contraints».


La délégation a pu constater de visu pourquoi le Canada doit règlementer les activités étrangères des compagnies extractives.


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